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Toute une histoire...
Le temps des châtelains
L’éperon rocheux, le Grand Mont, occupé dès la Préhistoire, devient au 10e siècle la possession des Grammont, première lignée dynastique qui prend le nom du lieu et s’implante pour près de quatre siècles. A partir de 1375, le domaine n’est plus occupé que temporairement – après son acquisition (contestée) par la famille Gerbais. Celle-ci est contrainte de le céder une quarantaine d’années plus tard au duc de Savoie, Amédée VIII.
En 1414, le duc donne la seigneurie à Guillaume de Martel, son maître d’hôtel, pour services rendus. Le fils de ce dernier, président de la Cour des comptes de Savoie, fait don du domaine à Antoine de La Forest, à l’occasion du mariage de leurs enfants en 1487. La famille, proche elle aussi de la cour de Savoie, occupe Grammont plus d’un siècle.
La propriété est vendue aux enchères en 1613, au profit de Gaspard de Mornieu, issu d’une vieille famille du cru dont une branche implantée à Lyon réinvestit la région après le rattachement du Bugey à la France. L’un des fils, Balthazard, a été conseiller du roi de France. Les Mornieu restent maîtres de Grammont pendant cinq générations.
André de Mornieu, dernier seigneur de Grammont de la lignée, décède en 1793 après avoir légué le domaine à un neveu, Claude Anthelme d’Arloz. En plein tumulte révolutionnaire, Grammont change de maître, échappe à un ordre de démolition et revient à une famille de la vieille noblesse régionale. Le fils de Claude Anthelme, Joseph-Alexandre, devient maire de Ceyzérieu en 1816. A la génération suivante, Marie-Louis se lance dans l’exploitation de la tourbe et l’élevage de vers à soie. A la suite de déboires financiers, le château est saisi en 1866.
Claude Etienne Lacretelle, ingénieur des mines, acquiert le domaine en 1872, marquant le basculement de la noblesse à la bourgeoisie. En 1881, la famille Pupier, fortune de la soierie lyonnaise, prend possession du château. Les héritiers, trop nombreux, décident de le céder deux générations plus tard.
En 1937, il est vendu par adjudication à la CGT, parvenue à son apogée avec le Front populaire.
Le temps des enfants
Avec le Front Populaire et la démocratisation des vacances, le château de Grammont entre dans une nouvelle ère marquée par un usage collectif et l’accueil de centaines d’enfants.
En 1937, la Confédération Générale du Travail (CGT) achète le château aux héritiers de la famille Pupier afin de le transformer en centre de colonies de vacances pour les enfants de syndicalistes, mais ce projet ne verra jamais le jour. En effet, par solidarité avec les républicains qui ont dû fuir l’Espagne après leur défaite contre l’armée franquiste, la CGT accepte de mettre Grammont à disposition du sous-préfet de Belley pour y accueillir des femmes et enfants espagnols réfugiés dans le Bugey entre février 1939 et avril 1940.
En 1941, le château est réquisitionné par le Service Social des Etrangers, sous tutelle du Ministère du Travail, pour y ouvrir un centre de reclassement de jeunes étrangers. Celui-ci est converti dès 1942 en centre d’accueil de femmes et d’enfants de toutes nationalités jusqu’en 1944.
En 1944, le château est acheté par le Gouvernement général d’Indochine, au nom du Ministère des Colonies et de la Marine, pour être transformé en centre aéré au bénéfice des enfants du personnel de l’administration coloniale.
En 1950, il est vendu à l’Association pour le Développement des Œuvres Sociales Coloniales (ADOSC) qui y organise des colonies de vacances estivales pour les enfants de fonctionnaires d’Outre-mer jusqu’en 1970.
En 1970, une nouvelle ère commence avec la vente du château à un particulier qui en refait une résidence privée. Une longue période de déclin commence.
Il faut attendre 2024 pour qu’un nouvel acquéreur privé s’investisse dans un projet convaincant et respectueux du passé, avec les moyens qui s’imposent.
