Association Sauvegarde & Valorisation du Château de Grammont

La première colonie de vacances à Grammont

Elle aurait dû avoir lieu l’été 1938, la CGT ayant acquis le château en 1937 pour en faire un centre de colonies pour les enfants de ses adhérents. Mais les travaux nécessaires à la création de dortoirs, de sanitaires et du réfectoire pour un usage collectif avaient duré jusqu’à la fin de l’année 1938 ; puis l’afflux des réfugiés espagnols en janvier 1939 avait entrainé la réquisition de Grammont par le sous-préfet de Belley pour y héberger près de 240 femmes et enfants jusqu’en avril 1940. Ensuite l’Etat Français y avait créé un centre d’accueil du service social des étrangers jusqu’en avril 1944.

Ce n’est donc qu’en juillet 1945 que la première colonie de vacances est accueillie au château. Celui-ci a été acheté en mai 1944 par le Gouvernement général de l’Indochine, au nom du Ministère des Colonies et de la Marine, afin de faire bénéficier les enfants du personnel de l’administration coloniale des bienfaits de la vie au grand air. Certains d’entre eux viennent de territoires lointains pour les longs congés d’été, mais la plupart sont déjà sur le territoire métropolitain, soit parce que leurs parents travaillent au ministère, soit parce qu’ils s’étaient retrouvés en France à cause de la guerre.

La colonie de Grammont au lac de Chavoley, été 1949.
Louis Marcellin, photographe. collection famille Sopik

Nicole Feneyrou était âgée de 6 ans lorsque son père, chiffreur au ministère des colonies à Vichy, avait été nommé intendant à Grammont au printemps 1944. Elle participe aux réjouissances de l’été durant les quatre années de service de son père. Dans un témoignage livré en 2025, elle se souvient : « C’était très animé, et bien qu’encore jeune, j’ai pu participer à des activités. On s’est beaucoup amusé à Grammont. Nous chantions « C’est nous les Africains qui arrivons de loin » et faisions des veillées la nuit avec l’aumônier, le père Lécuyer. Le Chef cuisinier s’appelait M. Magnin, et il y avait une lingère, sans doute du pays, du nom de Mlle Verchère. »

Un article du journal Le Coq Bugiste daté du 1er septembre 1945 confirme ces bons souvenirs de la première colonie de vacances à Grammont :

« Tout était prêt lorsqu’arriva, le 18 juillet, le premier groupe qui était composé de 80 filles ; celles-ci sont restées en vacances jusqu’au 18 août. Le lendemain de leur départ, c’étaient les garçons qui arrivaient à leur tour. (…) Les petits colons doivent au cuisinier, M. Magnin, les copieux et succulents repas que nous leur avons vu servir, hors d’œuvre, viande, purée de pommes de terre et fruits (…) Comment ne nous serions pas étonnés de voir assurer à tous les pensionnaires une pitance aussi abondante ? Le directeur nous livra alors son secret : c’est la ferme qui dépend du château et grâce à laquelle on a pu fournir à chaque enfant un demi-litre de lait par jour. Le résultat, on l’a vu avec les filles : elles sont toutes reparties avec un air de santé qui a dû réjouir leurs parents à leur retour ! »

Les documents conservés aux archives du ministère des colonies permettent de se faire une idée de la complexité de la période, toujours soumise au rationnement des matières premières et de la nourriture. Les problèmes à résoudre sont énormes pour achever à temps les travaux de remise en état du château, faire le recrutement dans toutes les Colonies et l’administration centrale, obtenir la mise à disposition d’un camion pour transporter le matériel et les enfants, embaucher le personnel d’encadrement diplômé venu de toute la France et le personnel technique local. Le chef du Service social colonial qui est à la manœuvre depuis l’été 1944, G. Alba, a dû multiplier les convocations, courriers, circulaires et rapports pour parvenir à ses fins.  

Mais pour le journaliste, la plus grande réussite des organisateurs se mesure à la qualité des repas offerts aux petits colons, car au sortir de la guerre, « l’air de santé qui va réjouir leurs parents » est le signe incontestable d’une colonie de vacances réussie.  L’heure est à la reconstruction du pays : rien de tel qu’une jeunesse épanouie, bien nourrie et rompue à la vie collective pour adhérer aux idéaux d’une république renaissante, d’autant qu’à Grammont elle se pare aux couleurs de la fraternité.

DVI et M-CS

Les sujets traités dans la rubrique Gros plan sont le fruit de témoignages fiables, de documents originaux sous tous formats et de recherches factuelles menées dans de nombreux fonds d’archives publics et privés. Ils attestent des aspects méconnus ou singuliers de l’histoire du château et font revivre le souvenir de celles et ceux qui l’ont vécue.

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