Perché sur un éperon rocheux sculpté par les vents et les érosions, un vieux château en pierre, offre aux passants sa puissante masse carrée. Une composition de terrasses, autrefois plantées, et un lac, tout en bas, plat et brillant comme l’acier, donnent à cet ensemble un air paisible et redoutable d’éternité. Il est en effet très âgé, longtemps négligé mais aujourd’hui convalescent.
Raconter son histoire, c’est d’abord vouloir remonter aux premiers siècles de notre ère, formuler des hypothèses, s’en tenir aux certitudes autant que possible, envisager une naissance, un nom, puis une évolution au fil du temps, vers une maturité nourrie des transformations entreprises par les familles qui l’ont habité, pour l’adapter à leurs besoins de défense, de confort ou de prestige.
Alors que l’empire romain arrivait à son terme, Dioclétien fit édifier, pour interdire l’accès des cols alpins aux envahisseurs barbares, une zone fortifiée, celle de la Sapaudia, où émergeait cet éperon rocheux. Il est possible qu’un des ouvrages de ce tractus ait été construit sur celui-ci. Quand, un peu plus tard, les Burgondes se sont implantés dans cette région, ils auraient dénommé Grand Mont cet impressionnant rocher.
A la fin du IXe siècle, une famille, dont les premiers prénoms connus confirment une longue filiation burgonde, a profité des troubles, causés par les dernières invasions sarrasines et la dispersion des pouvoirs politiques et administratifs, pour s’implanter sur le rocher et en prendre le nom. Un nouvel ouvrage est alors bâti. Peut-être sur les fondations romaines. Premier château, dit de Grammont, simple logis défensif, adossé à une tour vraisemblablement en bois et entouré d’une enceinte. Il sera modifié au cours des années comme en témoignent certaines parties d’origine romane.
Au XIIIe siècle, Guillemet de Grammont, descendant de cette famille associée aux nouveaux maîtres de la région, les comtes de Savoie, est chargé par son père de reconstruire le château initial, sous la forme imposée d’une maison forte, plus modeste qu’un château fort mais résolument défensive, compte tenu du contexte conflictuel de l’époque.

Grammont vu du ciel (photo Famille d’Arloz)
Le tracé de ce nouvel ouvrage est visible dans le plan quadrangulaire du château actuel (hors les deux ailes de la cour d’honneur). Au nord, depuis la tour, à la place du bâtiment chemisé et des deux autres qui le prolongent, un haut et épais mur d’enceinte, percé d’arbalétrières, est construit, en même temps qu’une tour de même hauteur. A l’arrière, sont abrités des bâtiments de service dont la partie ancienne, romane. L’ancien logis, formant le côté sud, est surélevé de deux niveaux. Il forme le château lui-même. Enfin le dernier côté, celui du mur d’entrée actuel, ferme une cour intérieure. Il est possible qu’une tour de flanquement de ce mur ait été construite à l’emplacement du bâtiment d’entrée actuel.
Pour dater les modifications apportées par la suite, donnant au château sa physionomie définitive, il faut interroger, les familles qui ont succédé aux Grammont. Les Gerbais étaient accablés de dettes. Les Martel et les La Forest, déjà fort riches en seigneuries diverses, ont reçu le château en cadeau ou en dot ; de plus elles ne l’ont pas occupé suffisamment de temps pour entreprendre de grands travaux. En revanche, les Mornieu, très aisés, qui suivent aux XVIIe et XVIIIe siècles ont désiré le château. On peut leur attribuer avec certitude la construction du grand escalier ce qui induit, en même temps, la couverture de la cour intérieure et l’exhaussement à trois niveaux des bâtiments. L’examen du cadastre napoléonien fait apparaitre la totalité des constructions y compris les ailes de la cour qu’il faut donc aussi leur attribuer. Les Arloz, qui ont suivi, étaient plus militaires qu’architectes et disposaient de moyens plus modestes.
Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que, dans une interprétation du style troubadour, les décors extérieurs de type médiéval, coupoles, fausses tours, machicoulis ont été ajoutés par les deux dernières familles, Lacretelle puis Pupier, propriétaires des lieux.
F. D.
Les sujets traités dans la rubrique Gros plan sont le fruit de témoignages fiables, de documents originaux sous tous formats et de recherches factuelles menées dans de nombreux fonds d’archives publics et privés. Ils attestent des aspects méconnus ou singuliers de l’histoire du château et font revivre le souvenir de celles et ceux qui l’ont vécue.
