Au-delà des dimensions architecturales, culturelles et environnementales d’un lieu, le patrimoine est aussi affaire d’émotion et de souvenirs, parfois ressurgis au bout d’une ou deux générations. Le château de Grammont, lieu d’une mémoire fraîchement tirée de l’oubli, l’a encore montré lors des Journées européennes du Patrimoine, les 20 et 21 septembre.

Parmi les nombreux visiteurs et invités, quelques un(e)s ont vécu de plein fouet ce retour inattendu d’une expérience passée en retrouvant leur visage – ou celui d’un proche – sur les clichés exposés pendant deux jours autour de Grammont. Ici, l’air grave d’une fillette espagnole arrivée au château dans l’exode des Républicains espagnols. Juste à côté, les boucles blondes des enfants du chef de Centre d’accueil pour étrangers, ouvert par l’Etat français en 1941. Là, l’allure moqueuse d’un colon en culotte courte, débarqué d’Outre-mer comme beaucoup d’autres, chaque été jusqu’en 1970.
Deux conférences bien suivies ont ensuite épaissi le fil d’un passé riche et mouvementé. La première sur l’histoire millénaire du rocher de Grammont, depuis les chasseurs-cueilleurs jusqu’aux derniers châtelains. La seconde sur le château-refuge et les heures sombres de 1939 à 1944.


Le temps fort est venu plus tard, avec le dîner des adhérents et des familles, « moments d’humanité empreints de dignité et de partage » comme a pu le dire Myriam Keller, la maire de Ceyzérieu. L’émotion, chacun sait, joue un rôle-clef dans la récupération des souvenirs. Venus d’Espagne, de France et du Royaume-Uni, les descendants ont ouvert leur cœur et livré à l’assistance le témoignage longtemps contenu de leurs anciens.
C’était un rendez-vous au-delà des générations, un écho à ce qu’écrivait Ilse Gottschalk, jeune juive allemande parvenue à Grammont en 1942 et finalement exfiltrée face au danger par un instituteur au château, Max Piéron : « Malgré la situation menaçante qui régnait à l’extérieur, nous avons pu établir une ambiance fraternelle et bienveillante entre nous tous : l’encadrement français, les réfugiés espagnols et polonais, et les quelques israélites présents ». Les deux familles se sont retrouvées à Ceyzérieu par cette belle journée de septembre de 2025. Avec beaucoup d’autres.



























