Association Sauvegarde & Valorisation du Château de Grammont

Grammont et ses évêques

Fruit du hasard ou signe du destin, le nom du château de Grammont est associé dans son histoire à celui de deux personnages d’envergure devenus, à sept siècles de distance, évêques de l’église catholique. Deux hommes dont le souvenir fait partie aujourd’hui de la mémoire des lieux. 

Le plus connu de ces personnages car le plus proche de notre temps est Claude-Henri Plantier né au château en 1813. Son père et sa mère sont alors respectivement maître jardinier et servante des Arloz, derniers seigneurs en titre de Grammont.  

Esprit brillant destiné très tôt à la vie religieuse, Claude-Henri est ordonné prêtre en 1837 et devient, à 25 ans, professeur d’hébreu et d’écriture sainte à la faculté de théologie de Lyon. Il se voit ainsi confier différentes missions importantes au sein de l’Eglise, comme celle par exemple de succéder à Lacordaire dans les conférences de Carême à la chaire de Notre-Dame de Paris. Il est évêque de Nîmes de 1855 à 1875. 

Attaché à ses origines bugistes, il revient à Ceyzérieu en 1868 à l’occasion d’une visite au cours de laquelle il rend hommage au pays de son enfance. La « petite histoire » retiendra notamment que le père du prélat, passionné par la culture des roses, a créé des variétés qu’il n’hésitera pas à baptiser de noms évoquant le parcours de son fils comme ce fut le cas pour la fameuse rose « Évêque de Nîmes ».

Beaucoup plus lointaine est l’époque à laquelle appartient notre second personnage, Humbert de Grammont, issu de la première dynastie seigneuriale possessionnée au Grand Mont. La place occupée par Humbert dans la généalogie de cette famille, tout comme la date et le lieu de sa naissance à la fin du XIe siècle ne sont pas connus. Mais son rôle au sein de l’Eglise semble attesté dès l’an 1100 dans un acte de donation passé en la cathédrale de Belley. Pour certains, Humbert aurait été chanoine voire prévôt de l’Eglise de Genève avant d’accéder au siège épiscopal. Pour d’autres, il se serait d’abord consacré à la vie monastique dans la lignée des moines-évêques défendant l’indépendance du pouvoir spirituel face à la puissance féodale. 

La croix de Grammont et son
 embase portant la date de 1773
La croix de Grammont et son embase portant la date de 1773
(©2025 DMA – Association SVCG)

Consacré évêque de Genève par le pape Calixte II en 1120, Humbert de Grammont exercera cette charge jusqu’à sa mort en 1135. Précisons qu’à cette époque Ceyzérieu est, du point de vue religieux, le chef-lieu d’un doyenné du diocèse de Genève. Dès sa prise de fonction, l’évêque Humbert est amené à jouer un rôle crucial dans un contexte de conflit entre le comte Aymon 1er de Genève et le diocèse genevois. Au-delà de ses origines familiales et de sa proximité supposée avec le pontife, sa nomination s’expliquerait avant tout par ses qualités d’autorité et de négociateur nécessaires au règlement de ce grave différend né des empiètements du comte sur les biens et les pouvoirs de l’Eglise. Ainsi lui doit-on la signature, en 1124, de l’accord de Seyssel qui met fin au conflit et établit la souveraineté complète de l’évêque sur la cité genevoise. Quelques années plus tard, l’empereur confirmera cette indépendance de l’évêque de Genève alors reconnu comme prince immédiat du Saint-Empire romain germanique. Le traité de Seyssel, conclu, notons-le au passage, dans une paroisse du doyenné de Ceyzérieu, constitue pour les historiens le « premier fondement connu du droit public de la cité épiscopale » et « forme un document d’une importance capitale pour l’histoire de Genève ». 

On connait aussi la protection qu’a su accorder l’évêque Humbert aux différents monastères fondés en Bugey telle la chartreuse d’Arvières implantée dans le Grand Colombier. Mais au regard de l’histoire, comme le souligne l’auteur suisse Victor van Berchem dans un article de 1927, « l’œuvre capitale à laquelle reste attaché le nom d’Humbert de Grammont est celle dont l’accord de Seyssel constitue le durable monument ».

D.M.

Les sujets traités dans la rubrique Gros plan sont le fruit de témoignages fiables, de documents originaux sous tous formats et de recherches factuelles menées dans de nombreux fonds d’archives publics et privés. Ils attestent des aspects méconnus ou singuliers de l’histoire du château et font revivre le souvenir de celles et ceux qui l’ont vécue.

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